J.L, artiste-peintre

J.L, artiste-peintre

La presqu'île.




" Il n'y a eu que des départs dans ma vie - songea-t-il. Je n'ai jamais aimé arriver."

La voiture jaillit de la tranchée obscure des arbres et commença à rouler comme sur la mer au raz de la plaine illuminée ; de ce côté le Marais Gât venait baigner le pied même de l'escarpement du plateau. Il cligna des yeux dans la gerbe éblouissante du soleil, serra les dents, et ivre de rage lança la voiture de toute sa vitesse. La route traversait le Marais en une ligne droite qui le coupait à perte de vue : une tranchée basse, ouverte entre les roseaux bruissants. De temps en temps elle enjambait un des étiers qui coupaient les roselières : une seconde on voyait luire, à droite et à gauche, un sentier d'eau huileuse et lourdement clapotante qui courait se perdre vers l'horizon embrumé ; on eût dit que l'eau, puissamment, sourdement, soulevait la croûte fragile de la route et la chevelure ondulante des jonchaies.

Julien Gracq, La Presqu'île



06/11/2017
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